1956-2006 : 50 années de vécu militant à plusieurs étages
Des polémiques d’hier à celles d’aujourd’hui.
Du vécu local aux événements historiques.
Des personnages modestes aux personnalités célèbres.
Aventures, affiches de mai 68, fêtes, commissariats, portraits, poésie, politique en sarabande


divers
Cinquante deuxième texte : L’avenir possible ? Probable ?

* Sophie : Nous avons beaucoup parlé sur le passé ! Ton passé politique personnel particulièrement ! Comment vois-tu l’avenir de notre planète ?

* Guy : C’est une question que je me pose beaucoup depuis quelques temps et sur laquelle j’ai de fortes convictions, partagées quelque peu par certainEs ! La base est, je crois profondément, que nous sommes dans la période d’un changement de monde, presque de civilisation, comme celle où le capitalisme est apparu avant de devenir dominant, pendant les dix neuvième et vingtième siècles. Mutation analysée alors par Karl Marx et Friedrich Engels et dans un autre domaine par Sigmund Freud.

  • Je pense que le développement du numérique et des robots est aussi important que le fut la découverte de l’imprimerie par Gutenberg. Elle permit les diffusions massives et rapides de livres. Maintenant Internet permet des échanges d’informations et d’idées entre des milliers de gens situés très loin les uns des autres et de façon quasi instantanée. La vitesse triomphe ! Souviens-toi des lenteurs de la vie campagnarde, sorte de sérénité, de paix !

* Sophie : Diable ! Tu vas chercher loin ta comparaison ! Pourquoi ce rapprochement ?

* Guy : Je la cherche dans l’analyse que faisait Marx, qui reste valable. Pour lui, c’est le progrès de la science et des applications techniques qui expliquent les changements de société. Il analyse le passage d’une société moyenâgeuse, essentiellement agricole à une société industrielle. Bouleversement qui a entraîné des ruptures dans les modes de vie, dans les rapports sociaux jusque dans les religions (le protestantisme).

  • Le capitalisme est permis, au départ, par la découverte de la machine à vapeur, donc des trains et de l’automobile, par les ressources du sous-sol (pétrole et charbon) et aussi le fordisme. Il entraîne une urbanisation et une nouvelle structuration des classes sociales, le colonialisme et des guerres ; le productivisme également. Sa période éclatante est celle des 30 glorieuses, entre 1945 et 1974, avec de fortes croissances et un chômage relativement faible !
  • Ensuite le choc pétrolier a de lourdes conséquences ; le capitalisme devient plus financier qu’industriel. Il cherche maintenant de nouvelles formes d’exploitation ; le capitalisme vert et le capitalisme numérique (le GAFA : Google, Apple, Facebook, Amazone, qui dominent le marché du numérique depuis le début du siècle actuel ; certains ajoutent Microsoft) ! Dans ces domaines le peuple a des atouts possibles. Marx disait que les classes sociales se structurent en fonction de la place dans le processus de production. Or la production devient de plus en plus liée à des machines ou au numérique. Donc les « intellectuels » qui inventent les robots, les smart phones, tablettes, etc. deviennent importants ; à quel point ?
  • Regarde l’accélération de l’histoire. Il y a quatre-vingts ans, pas de télé, pas de réfrigérateur, pas de machine à laver, pas de salle de bains et pas de WC à l’intérieur des maisons, peu de voiture et souvent pas de téléphone pour une grande majorité et pas d’ordinateur bien entendu ! Dans les campagnes chaque famille ou presque mangeait les légumes et les fruits de son jardin, ses poules et ses lapins, achetait ses vêtements à des marchands de passage, voyageait peu ! Les ouvriers vivaient encore plus mal ! J’ai vécu cela. Cela durait depuis des siècles. Tout va vite, très vite !
  • Quand je suis arrivé à Paris, un poinçonneur de billets m’accueillait à chaque extrémité de chaque quai de chaque métro. Un agent validait sur sa petite machine à manivelle mon ticket de bus et tirait le cordon sur la plate forme pour donner le signal du départ au conducteur. Je ne te raconte pas cela par nostalgie, mais pour que tu penses au nombre d’emplois disparus. Maintenant des machines valident mon pass navigo. La SNCF est menacée par le covoiturage organisé par Internet et aussi par les bus.Tout va vite, très vite !
  • Un cousin postier me dit que la Poste n’envoie plus guère de courrier d’individus, mais essentiellement des publicités. Nous communiquons de plus en plus par courriels, y compris pour des achats. La Poste est sauvée actuellement par sa banque postale implantée partout.. Nous retirons nos billets de banque sur des appareils avec notre carte bleue, pas à un guichet. Tout va vite, très vite !
  • Faut-il vraiment multiplier les exemples? A la fin du siècle, une partie de ce que nous appelons actuellement « travail » aura disparu à cause ou grâce aux progrès technologiques

* Sophie : Serais-tu donc profondément pessimiste ? Allons-nous vers un accroissement dramatique du chômage ?

* Guy : Non ! Je suis au contraire optimiste, si nous sommes intelligents et lucides à la fois. Je pense que le développement des robots et des technologies plus généralement vont permettre de remplacer énormément de travaux pénibles, fastidieux, trop répétitifs ou dangereux par l’utilisation de machines. Le travail de recherche, de créativité sera logiquement valorisé, ainsi que la formation permanente !

  • De plus un certain nombre d’obligations impérieuses, incontournables, nécessaires à nos survies vont nous obliger à des choix dramatiques et porteurs d’espoirs. Je parle des changements climatiques qui peuvent faire fondre la banquise, donc submerger d’énormes territoires, provoquer des millions de départs, des guerres. Je parle des pollutions qui peuvent menacer gravement nos santés. Donc de catastrophes écologiques qui exigent une lucidité collective, à l’échelle de la terre. Je veux penser que l’humanité saura réagir avant de disparaitre!
  • L’humanité commence à comprendre les avertissements des écologistes, à les écouter mais hésite à prendre les orientations qu’ils préconisent et les décisions concrètes urgentes. Car elles exigent des ruptures avec des habitudes ancrées. Un nouveau monde est en gestation et le vieux monde qui ne veut pas mourir s’accroche désespérément, brutalement parfois dans certains domaines. D’où les multiples tensions qui nous désarçonnent.
  • La religion de la croissance, moteur du bonheur, du productivisme commence à être contestée. La terre a des dimensions finies, les ressources naturelles sont limitées. Une sobriété volontaire devient nécessaire et elle peut être « heureuse » comme dit le philosophe Patrick Viveret. Depuis deux décennies nous dépensons des sommes considérables pour attirer la croissance. En vain ! Alors il est temps de changer nos priorités, de préparer le monde nouveau.
  • Déjà la consommation du bio se développe, l’agriculture raisonnable également, ainsi que les circuits courts. Les AMAP (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, qui créent des contrats entre consommateurs et paysans) se multiplient en France depuis 20 ans ; elles sont nées au Japon. Des « jardins partagés » naissent partout, ainsi que des « écovillages » (communautés autogestionnaires et écologiques). Les bâtiments se végétalisent. Bien des jeunes expérimentent l’autoentreprenariat et ses risques. Les conducteurs Huber découvrent leur exploitation. Le travail bouge vite, très vite ! Internet permet le travail à domicile, ce qui a des aspects positifs et des aspects négatifs.

* Sophie : Dis-moi, comment rêves-tu ce monde nouveau ?

* Guy : Je souhaite que le village devienne le lieu de vie dominant. Ce qui suppose que les grandes villes soient réorganisées en une multitude de micro quartiers. Villages où tout le monde connaît tout le monde, avec un savant équilibre entre bébés, jeunes, adolescents, hommes et femmes mûrEs, vieux et très vieux. La petite taille permettra une profonde solidarité et une réelle démocratie sur l’essentiel du quotidien commun.

  • Villages où beaucoup de besoins sont offerts gratuitement, beaucoup d’activités sont collectives. Machines et robots assument l’essentiel des tâches ! Les trocs de services et une monnaie locale font quasiment disparaître le rôle de l’argent, ce cancer capitaliste ! Les échanges de produits reçus d’ailleurs par le village et ceux envoyés par lui sont équilibrés sur des domaines informatiques, avec de fortes tolérances de temps. Ce qui n’est pas grave car l’argent n’est plus l’obsession du tout pour les humains !
  • Donc une redéfinition du bonheur qui ne sera plus lié à la fortune, mais à la convivialité joyeuse du collectif villageois, aux fêtes diverses, aux créations artistiques, aux activités sportives. La planète aura été sauvée par un miracle qui , peut-être aura été provoqué par une catastrophe spectaculaire dont la solution exigeait des décisions drastiques et mondiales ??.
  • La nourriture sera soigneusement liée à des impératifs de santé. La voiture aura laissé la place à des vélos de toutes formes ; avec un moteur pour les handicapés. Chacun, chacune sera jardinierE, pépiniériste ou agriculteur et, en même temps, expertE du web. Ses activités seront planifiées soigneusement entre, d’une part, activités produisant des nourritures ou des objets pour la collectivité, ou pour les autres villages… et, d’autre part, activités intellectuelles, créatives, activités sportives et activités démocratiques. Planifications faites par l’individu et la collectivité villageoise, en fonction des capacités, des âges, des états de santé ; facilement évolutives et vraiment acceptées par la personne concernée. Les accords sont infiniment plus faciles à obtenir entre des gens qui se voient quotidiennement et qui n’ont pas de supériorité hiérarchique !
  • Dans cette organisation, il n’y a plus lieu de distinguer travail , repos ou loisir. L’heure que chaque personne passera chaque jour à discuter et décider démocratiquement pour la collectivité ou pour des cas individuels est bien entendu comptée dans le planning. Tu vois que « travail » et « chômage » deviennent des mots dépassés !

* Sophie : De telles révolutions ne sont pas pour demain ! Sont-elles vraiment possibles ? Dans combien de siècles ? Que dis-tu de la cohabitation de ces millions de villages à l’échelle d’une ancienne ville ? D’une région ? D’un état si tu en vois encore ? De la planète ?

* Guy : Vraies questions ! Difficiles questions ! Mais nos sociétés ont un besoin extraordinaire de rêver, de préparer un avenir au lieu de désespérer, de rêver à un retour impossible en arrière ! Quel contemporain de Martin Nadaud aurait pu croire à l’apparition de réfrigérateurs, de la télé, d’avions, d’ordinateurs ? Croire que l’homme pourrait aller sur la lune ? Faire changer un de ses reins ? Il vivait il y a cent cinquante ans. Tout s’accélère dans les domaines scientifiques et technologiques. On envisage même d’aller sur une planète du système solaire !

  • On pourrait plutôt dire que tout va trop vite, à cause du réchauffement climatique, des pollutions difficiles à maîtriser car il n’y a pas de gouvernement mondial !
  • Je ne me sens pas capable de répondre sur la coordination des villages entre eux à l’échelle mondiale, même si je crois que les nouveaux moyens de communication peuvent permettre de résoudre beaucoup de questions de démocratie. Et l’urgence aujourd’hui est bien de trouver les moyens de sauver la planète contre le réchauffement climatique
  • Il y a quelque temps j’avais un peu développé mon rêve de société possible qui faisait la synthèse des aspirations écologistes, des aspirations communistes et des aspirations libertaires, sous le titre 2222 pour donner du temps au temps !
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Cinquante et unième texte : Les coulisses des partis

* Sophie : Y a t-il une personne qui a représenté la continuité et l’unité du PSU de 1960 à 1990 ?

* Guy : Tout à fait ; c’est une femme, qui n’a jamais été élue à quoi que ce soit, ni en interne, ni en externe. Mais elle a été au siège national et parisien rue Henner au début, puis rue Mademoiselle, rue Borromée et rue de Malte à la fin. Parce qu’elle était secrétaire des bureaux exécutifs. Elle s’appelle Geneviève Leprieur.

  • Geneviève a eu un rôle fédérateur extraordinaire pendant presque toute la vie du PSU. Les militantEs passaient dans son bureau pour prendre des tracts, recevoir ou donner des contacts, mais aussi et beaucoup pour bavarder en petits groupes, voire en tête-à-tête avec Geneviève. Echange d’informations et d’anecdotes qui font la vie réelle d’un groupe. Geneviève, par son sens de l’écoute, par son humour, son calme passionné était un pilier de ces convivialités. Internet a fait disparaître ces lieux de dialogues et c’est une perte importante.
  • Dans les années 1960 Geneviève Leprieur était la secrétaire de la fédération de Paris du PSU ; elle maîtrisait les adhésions, les cotisations, les animations des sections locales. C’était une femme magnifique et elle fut ardemment courtisée par Martinet et Poperen, secrétaires nationaux adjoints du PSU, en compétition pour succéder au vieux Depreux. Poperen voulait des informations sur le groupe parisien lié à Martinet. Martinet, lui, avait pour ses informations bien plus de ressources avec Heurgon ou Rocard, en responsabilité pour Paris !
  • Après 1968 elle ne s’engagea plus dans une tendance et permit donc, dans son bureau, des relations pacifiques entre des camarades engagés dans des confrontations ; pacification non négligeable ! Geneviève était également une secrétaire particulièrement sérieuse et efficace. Je ne sais pas quels furent ses rapports avec les secrétaires nationaux, sauf avec Rocard, cordiaux et avec Huguette Bouchardeau, amicaux. Geneviève et Huguette ont continué à se voir quand Huguette abandonna la vie politique.
  • De même Gilles Martinet invita Geneviève à l’ambassade quand il fut ambassadeur à Rome sous la présidence Mitterrand.. C’est la première militante que j’ai rencontrée à mon arrivée à Paris en 1958 et elle fut mon amie jusqu’à sa mort ! Je dois dire que, lorsque j’ai été trésorier de la fédération de Paris en 1962, Geneviève a fait une part importante de mon boulot. Elle me raconta alors comment elle maternait Charles Hernu le futur ministre de la défense qui avait de gros problèmes psychologiques et venait déjà en battle-dress ! Le PSU te doit beaucoup amie Geneviève.

* Sophie : Dans un parti, comment s’élaborent les idées, les programmes ?

* Guy : J’ai, dans ce domaine, une expérience de plus de 50 années, au PSU puis chez les Verts. J’ai été longtemps secrétaire de section locale et plusieurs fois membre de l’exécutif parisien du PSU.. De plus, j’ai participé, de façon modeste certes mais régulière, aux débats sur les textes d’orientation à soumettre aux adhérents lors des congrès.

  • Je pense que l’élaboration des lignes politiques ne se faisait pas de façon aussi démocratique dans le PC ou le PS et je n’ai pas connu de l’intérieur les mouvements trotskistes. Dans les partis où j’ai milité les dirigeants emblématiques, connus, participaient réellement à ces débats. Mais ils ou elles écrivaient rarement eux-même et se contentaient de valider ce qui peut marquer fortement la différence avec les autres textes soumis. ; ou inversement d’évacuer les parties qui pouvaient trop faire conflit en interne.
  • Les commissions travaillent et rédigent dans leur secteur spécifique : économie, immigration, éducation, féminisme, etc. Mais leurs textes peuvent être trop pointus, trop complexes ou trop en avance sur l’opinion collective du moment. J’ai même vécu des textes de deux commissions différentes en contradiction, sur la laïcité je crois. Donc il faut que les congrès tranchent, nuancent et valident
  • Les documents élaborés par les commissions sont utiles pour la formation des adhérentEs et leurs membres écrivent parfois des livres ou poussent l’instance nationale à produire des affiches. Je pense à la commission Immigration du PSU qui obtint trois célèbres affiches, l’une avec un travailleur immigré, la deuxième sur les femmes immigrées et la troisième sur les enfants
  • Dans la réalité que j’ai vécue, les tendances jouent un rôle déterminant Elles sont les lieux où s’élabore l’orientation, car ce sont elles qui écrivent les textes qui s’opposent dans les congrès ou Assemblées Générales (terme choisi par les Verts pour marquer leur originalité). C’est l’endroit le plus efficace car il y a là une réelle homogénéité sur le fondamental et une confiance réciproque complète. Elles produisent donc les idées votées ensuite ou non.
  • Les tendances contrôlent les directions. Car les partis, entre deux congrès nationaux ont des « Conseils nationaux ». Ces instances peuvent critiquer certaines décisions de l’exécutif, les modifier, voire remplacer certaines personnes
  • Le nombre de tendances est souvent un problème, que la presse souligne avec plaisir, pour le PSU, les Verts et aussi le PS ! ; en 1963 le « Monde » ridiculisait le PSU, parti des 5 tendances (alors qu’il n’y a que 2 blocs, sur la question de l’autonomie par rapport à PS et PC). Ce nombre est lié à une méticulosité dans l’expression des problèmes dans toutes leurs nuances, mais aussi des questions tacticiennes voire liées à des ambitions personnelles.
  • J’ai vu, au PSU, un représentant de commerce qui n’avait trouvé aucun autre signataire pour sa motion, exiger les mêmes droits que les « vraies tendances ». Les partis exigent maintenant un nombre minimal de signatures, dans plusieurs départements!

* Sophie : Les tendances sont très mal perçues dans l’opinion ! qu’en penses-tu ? Il doit y avoir de bonnes raisons ?

* Guy : Elles sont souvent fort critiquées et rendues responsables de tous les maux ; donc on les rebaptise « sensibilités ». Pourquoi ces critiques ? D’abord parce que ce sont des lieux un peu clos, mystérieux pour celles et ceux qui n’en font pas partie. Et elles sont un peu un ferment de division. C’est pour cela que le PC les a toujours refusées.

  • En fait, elles y ont été clandestines dans la période stalinienne et sont devenues connues, mais pas reconnues, à partir des années 80. Leur absence a beaucoup empêché le débat démocratique interne ; et le PC a exclu beaucoup de « traîtres » qui avaient été de grands révolutionnaires comme André Marty, le mutin de la mer Noire ou de grands résistants comme Charles Tillon et Georges Guingouin, libérateur de Limoges ; parce qu’ils exprimaient des désaccords avec la direction !
  • Les tendances ont, à côté de leur importance sur l’élaboration des idées, un rôle plus discutable, qui peut donner lieu à de multiples contestations. Dans les faits ce sont essentiellement elles qui sont les « chercheuses de tête », c’est à dire de celles et ceux qui sont susceptibles de devenir éligibles à des directions dans le parti et même à des candidatures aux diverses élections. Donc elles doivent maîtriser les ambitions personnelles
  • Concilier la compétence, les qualités de communication, le sens des responsabilités, la motivation pour une tâche donnée avec la bonne orientation politique est rarement facile. D’ailleurs, comment mesurer ces divers aspects ? Qui peut le faire sans à priori et être ensuite justifié par le bilan de la personne choisie sur la tâche en question ? Cela semble impossible pour un homme, une femme ou un tout petit groupe. Les chances de « bons choix » sont plus importantes pour un groupe nombreux et relativement homogène, dont certainEs côtoient la personne postulante.
  • Le danger est que les tendances peuvent devenir des « fractions », c’est à dire, un deuxième parti à l’intérieur du parti, avec son propre bureau, sorte de contre exécutif, sa presse autonome avec des articles démolissant systématiquement des aspects fondamentaux de la loi votée au co* ngrès. C’est le cas, évidemment, quand une fraction envisage une scission (cas Poperen au PSU, cas Placé, De Rugy à EELV).
  • Elles peuvent alors faire fuir beaucoup d’adhérentEs lorsque leur opposition devient violente, que le sectarisme s’étend à tous les sujets. Les adhérentEs de base croient à des oppositions d’ambitions personnelles, même si le désaccord est sur le fond.
  • En 1962, après la paix avec l’Algérie, le PSU doit chercher son identité. Deux lignes s’affrontent très violemment sur l’autonomie par rapport au PS et au PC et en particulier sur les liens avec Mitterrand. Beaucoup y voient alors seulement une opposition entre des personnes : Poperen pour un PSU médiateur entre le PS et le PC, d’un côté et Martinet, Heurgon, Rocard de l’autre pour un PSU visant à devenir la force dominante à gauche. C’était n vrai débat d’idées stratégiques.
  • Chez les Verts, le débat sur le « ni-ni » (ni droite, ni gauche) était un vrai bat d’orientation et pas seulement une opposition entre Waechter et Voynet. Même chose pour l’opposition entre Dany Cohn Bendit qui voulait remplacer le parti Vert par un mouvement et Cécile Duflot qui défendait le parti quand fut créé EELV
  • Pour revenir au PSU, il y eut un moment où les tendances étaient totalement opposées sur l’orientation politique. C’est dans l’après 1968. Face à Rocard, luttaient une tendance trotskisante mais surtout deux tendances plus ou moins maoÏsantes. La « Gauche Révolutionnaire » voulait calquer sa stratégie sur celle de Mao, avec ses « Assemblées ouvrières et paysannes ». Elle oubliait les différences énormes entre la Chine et la France sur leur histoire, leur composition sociale, leur état économique, leurs dimensions. Ils furent de fait exclus en 1972, avant que Rocard rejoigne le PS en 1974.
  • Un vrai problème de fond, qui est difficilement soluble ! Il est juste que la ou les minorités aient leur place dans les exécutifs, pour exercer la démocratie et les contrôles. Il est logique qu’elles exercent des responsabilités. Mais, souvent, la personne X se voit accorder une responsabilité pour laquelle elle n’est pas compétente du tout. Pire ! Il arrive que l’opposante refuse de participer à la gestion concrète, quotidienne et se consacre totalement à l’opposition. Deux amies, anciennes secrétaires nationales des écologistes m’ont raconté avoir subi ce phénomène, auquel il faut trouver une parade.
  • Se pose un autre problème : celui des personnalités qui arrivent à avoir une forte image dans l’opinion publique, apparaissent dans les médias et symbolisent leur parti. La base des Verts, comme le fut celle du PSU est assez libertaire, refuse la présidentialisation, le sauveur suprême. Cela pose le problème de l’identification d’une organisation. Le PS est encore très fortement identifié à Mitterrand et le PSU à Rocard (ce qui n’est pas vraiment juste !): Lutte Ouvrières l’a été à Arlette Laguiller, la LCR à Krivine puis à Besancenot, le PC à George Marchais.
  • Nuit debout a volontairement refusé d’être identifié à quelqu’un ! Une organisation peut –elle continuer à exister, à durer sans identification ?? Délicate question ! Les Verts sont identifiés comme écologistes ; mais cela suffit-il ?
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Cinquantième texte : La révolution Möbius

* Sophie : As-tu fait du bricolage ? Et pas seulement des mathématiques ?

* Guy : Oui. Je ne sais pas d’où m’est venue l’envie de me lancer dans la reliure ? Admiration de belles reliures ? Envie de mettre en valeur mes 27 volumes des « Hommes de bonne volonté » de mon écrivain préféré Jules Romains ? Je ne connaissais pas d’ami passionné par cet artisanat. Je visite les petites entreprises spécialisées. J’achète une brochure d’initiation, quelques outils, du carton pour les couvertures et une presse.

  • En fait, j’ai réalisé trois reliures : le premier volume des « Hommes de bonne volonté », un cours de Calcul différentiel et intégral et un cours de mathématiques spéciales. Je suis fier du résultat !
  • Le travail préliminaire consiste à démolir le livre acheté, à recoudre tous les feuillets. Il est long, fastidieux. Le choix des papiers de couverture est agréable, mais compliqué par les hésitations.. Je me souviens de la colle mise dans une vieille boîte de conserves dont mon père avait découpé et retourné le haut, pour encoller les feuillets au dos du livre, de la mise sous presse avec les deux couvertures. Et aussi de la joie devant l’œuvre finale !
  • Tu n’as sans doute pas connu la grande mode des scoubidous, à laquelle je me suis conformé. Cette mode est apparue au début des années 1960 et a resurgi au début des années 1980, avant ta naissance ! Ce sont de longues tresses de fils de deux ou plusieurs couleurs, qui pouvaient servir de porte-clefs, se mettre autour du cou, etc. J’en ai fabriqué ; mais je suis incapable de t’expliquer clairement comment on fafrique son scoubidou. Je me souviens seulement que l’on fait se chevaucher deux fils voisins de couleurs différentes, avant de les retourner. Ce qui est certain, c’est que le résultat final mixe bien plusieurs couleurs.
  • J’ai connu également la mode des yo-yo, des cerceaux, du croquet et des « mécanos » permettant de construire avec des tiges métalliques de grandes structures (mais je n’ai pas le souvenir d’une belle réussite). De même, j’ai abouti à un échec avec la réalisation en matières légères d’un modèle réduit d’avion. J’avais eu pourtant les matériaux adéquats. Mais l’avion achevé et beau n’a pas réussi à voler !

* Sophie : As-tu touché à des travaux « professionnels », si je peux dire ?

* Guy : J’ai beaucoup aimé découvrir un métier manuel, qui peut être dangereux. Je ne l’ai pratiqué que partiellement et le seul « accident » qui me soir arrivé, je me le rappelle fort bien, est un douloureux coup de soleil sur mon dos dénudé qui perturba mes nuits ! C’est le métier de couvreur, l’homme qui pose nos toits ou les répare. J’habitais chez mes parents, à Ajain, Il y a bien longtemps.

  • Tu ne connais peut-être pas la façon dont se fabrique un toit. Alternent des structures horizontales et des structures verticales. En commençant par le bas tu trouves : les énormes poutres horizontales, puis les chevrons, puis les lattes et enfin les ardoises ou les tuiles. Pour un petit appentis, mon père avait tout préparé jusqu’aux lattes incluses ou non (je ne me souviens plus bien). Il m’avait appris à poser les ardoises et j’ai fini seul ou presque.
  • Tu grimpes avec une échelle ; tu cales tes pieds sur une latte ; tu arrives avec un paquet d’ardoises que tu cales entre deux lattes ; tu poses un crochet sur la latte choisie puis l’ardoise dans le bout du crochet ; et les ardoises voisines, côte à côte. Le toit bleuit peu à peu et les lattes disparaissent. Un travail délicat arrive quand, en fin de rangée il faut poser une moitié d‘ardoise ; il faut couper avec les délicats coups d’un petit marteau.
  • Je pense que j’ai laissé mon père finir les dernières rangées lorsque tu ne peux plus caler tes pieds, faute de latte « vierge ».Je fus très fier lorsque le toit fut totalement bleu et le dessous sombre, à l’abri de la pluie.
  • Je t’ai déjà parlé de la construction d’une allée dans la cour de notre maison de La Celle Sous Gouzon, de mon terrassement. J’ai envie de te décrire le plaisir que j’ai eu à préparer du mortier.. J’en ai fait beaucoup plus tard à Nîmes chez Jean Biscarros. Il posait de nouveaux carreaux dans deux pièces du rez de chaussée de sa maison.
  • Je te raconte mon initiation en Creuse. Je commence par étaler deux longues plaques de zinc, pour protéger l’herbe. J’ai acheté une brochure pour connaître les dosages entre le sable et le ciment. Je dépose sur les plaques le volume adéquat de sable. J’en fait un cône, un petit monticule. Je pratique un cratère dans lequel, sur un côté, je dépose le ciment voulu. Puis je verse de l’eau dans le cratère. Enfin, avec une pelle je mélange peu à peu le ciment, le sable et l’eau. Ainsi arrive le ciment qu’il ne faut pas tarder à utiliser, avant qu’il ne sèche. J’aimais beaucoup ce mélange ! C’est mon père qui l’étalait sur les gravillons, le lissait, en une surface bien horizontale.

* Sophie : Pas d’accident dans tous ces travaux « annexes » ou d’incidents ?

* Guy : Un souvenir étonnant. Je suis sur une plage de la mer du Nord, avec mon ami Yves Dorel et d’autres camarades. Je nage avec mes lunettes, pour être certain de repérer le côté où se trouve la plage par rapport à la haute mer. Je plonge avec délices sous de beaux rouleaux, avant d’atteindre la zone moins agitée. Et puis, plus tard, je ne baisse pas assez la tête sous un gros rouleau qui arrache mes lunettes. Catastrophe ! Car je suis venu en scooter et ma vue n’est pas brillante. La marée est montante et recouvre peu à peu la zone où j’ai perdu mes lunettes. La dizaine de camarades se met donc à chercher, en urgence. En vain !

  • Seuls, Yves et moi continuons, inquiets. Yves voit un morceau de verre briller à quelques pas de lui. Espoir ! Espoir déçu, car c’est du verre, mais pas des lunettes. Drame ! Mais, à un ou deux mètres plus loin, nous voyons une branche de lunettes sortir du sable qui est en train de la recouvrir. Je suis choyé par le hasard. Ouf !

* Sophie : As-tu utilisé ta culture mathématique dans ta vie concrète, quotidienne ?

* Guy: Je vais essayer de t’expliquer, le plus clairement possible, comment tu pourrais construire une belle structure qui décorerait ton salon et pour laquelle tu pourrais faire preuve d’une véritable érudition mathématique D’ailleurs, j’ai rêvé pendant plusie* urs années de me faire construire une bibliothèque totalement originale, dont la façade aurait la forme d’une surface que j’ai enseignée dans ma classe de mathématiques spéciales du lycée Chaptal.

  • C’est une surface dont j’adore la magnifique courbure ; tu peux l’imaginer à partir de la partie incurvée d’une selle de vélo, en oubliant son bec si méchant pour les malheureuses fesses. Elle est « réglée », c’est à dire qu’elle peut s’obtenir avec des droites, d’où son utilisation par des architectes. Elle a été utilisée par plusieurs architectes dont Le Corbusier et ressemble à la façade du siège du parti communiste, place du colonel Fabien.
  • Tu peux en construire une toi-même, chez toi, entre deux plateaux parallèles, en bois, comme le sol et le plafond d’une pièce, tenus écartés par des « murs . Entre eux, de chaque côté, tu fixes deux tiges métalliques inclinées différemment. Tu intercales entre ces deux extrêmes, plusieurs autres fines tiges, dont les inclinaisons varient peu à peu, progressivement, de façon à réaliser une continuité esthétique avec les deux tiges du départ. Puis tu relies toutes ces tiges par des fils, horizontaux, parallèles entre eux et parallèles aux deux socles. Tu peux choisir des fils de couleur éclatante, différente de celle des tiges qui sont « debout ». Si tu as mis suffisamment de fils, une magnifique courbure est perçue clairement à l’œil.
  • Cette surface a un nom fort savant : « paraboloïde hyperbolique », qui impressionnera tes amis ! . Elle n’est pourtant que du second degré pour son équation ! .J’ai donc réalisé cela en maquette pour étudier mieux le nombre de rayons de ma bibliothèque, leurs écartements. Mais je me suis empêtré dans la mise en équations, et j’ai été pris par d’autres activités. J’ai eu une grande bibliothèque classique. Fin du rêve mathématique ! Mais j’adore toujours cette surface !
  • Le ruban de Möbius prouve qu’il faut bien définir, avant toute discussion, de façon précise, ce dont on parle. Sinon les désaccords sont stupides ! Le ruban démontre qu’en géométrie, l’orientation gauche-droite peut ne pas pouvoir être définie. Et si, en politique, on essayait de définir ce que l’on appelle gauche en 2017 !!
  • Avec Möbius, tu dis qu’il existe des surfaces n’ayant qu’un seul côté, où il n’y a ni dessus, ni dessous !Tu ne me crois pas ? Alors, suis-moi bien. Je dis : « Pour savoir si deux personnes sont du même côté d’une surface, on peut dire que c’est le cas s’il existe un chemin qui ne traverse pas la frontière de ladite surface, pour aller d’une personne à l’autre ; disons, dans une commune, pour toi et moi ? Cela semble rationnel ?
  • Eh bien ! Prends un ruban de papier de 3 cm de large et fabrique un bracelet avec ; mais, au moment de fixer les deux bouts tu fais tourner l’un d’eux, une fois. Le bracelet est légèrement tordu. Tu dis : regardez bien ; j’ai le pouce et l’index des deux côtés ; je pars de l’index avec un crayon tenu de l’autre main ; je suis le bracelet sans traverser les bords et j’arrive au pouce. Donc mon pouce et mon index sont du même côté du ruban, avec la définition que vous acceptiez. OK ?
  • Il est amusant de couper dans son axe ce ruban et de demander aux amiEs ce qu’ils prévoient comme résultat. Très peu devineront ! Pour te dire, on obtient un seul ruban, deux fois plus long, vrillé et qui, lui, a deux côtés, par rapport à notre définition. Encore plus instructif si tu coupes dans le sens du ruban en partant au tiers de la largeur. Si tu pars à gauche, tu arrives à droite, à la même hauteur ; cela prouve qu’il devient impossible sur une telle surface de définir la droite et la gauche. Si tu continues à couper, tu obtiens deux rubans, entrelacés: un grand qui, lui, a deux côtés, et un petit pour lequel je te laisse constater s’il a un ou deux côtés !

* Sophie : Quel souvenir gardes-tu de ton enseignement ?

* Guy : Dans mes rêves, je me retrouve souvent en professeur de maths. Très souvent, j’improvise. Je me souviens d’un rêve où je faisais au tableau noir une très bonne leçon de géométrie descriptive. C’est lié à ce dont nous venons de parler.

  • La géométrie descriptive a été inventée, en 1799, par Gaspard Monge pour représenter les solides et leurs intersections avec une précision de l’ordre du millimètre. Elle consiste à projeter les volumes orthogonalement sur deux plans perpendiculaires (plan horizontal et plan frontal), avec des « lignes de rappel » pour établir les correspondances. C’est utile en architecture, dans l’industrie et même dans l’armée, pour fabriquer des canons par exemple.
  • On l’enseignait dans les classes préparatoires aux grandes écoles . Mais l’ordinateur permet maintenant de faire cela plus facilement et la descriptive a disparu de l’enseignement, ce qui est un peu dommage car elle apportait une formation bien spécifique (les élèves brillants en descriptive ne l’étaient pas obligatoirement ailleurs). En ce qui me concerne, j’ai fait une trentaine d’épures de géométrie descriptive (belles) comme élève et je l’ai enseignée dans la seule classe prépa qui le programmait encore. Comme étudiant, j’ai de mauvais souvenirs pratiques, dans l’usage du tire-lignes, trop serré ou pas assez, donc donnant des lignes invisibles ou ridiculement larges. Ma mauvaise vue me gênait également !