1956-2006 : 50 années de vécu militant à plusieurs étages
Des polémiques d’hier à celles d’aujourd’hui.
Du vécu local aux événements historiques.
Des personnages modestes aux personnalités célèbres.
Aventures, affiches de mai 68, fêtes, commissariats, portraits, poésie, politique en sarabande


divers
Quarante huitième texte : Le militant face aux voleurs

* Sophie : Tu m’as beaucoup parlé de tes conflits, entre guillemets, avec la police. As-tu à faire face à des voleurs, à en être victimes ? Comment as-tu réagi ?

* Guy : Bonne question provocatrice. Je vais commencer par ce qui m’est arrivé dans la « Résidence des Lilas, rue Haxo. Nous sommes un soir d’hiver, vers 18 heures. Il fait déjà presque nuit. Je vais chercher des billets à mon distributeur BNP de la place Saint Fargeau, toute proche. Dans le distributeur adjacent au mien deux ados font comme moi. Je me demande à quel âge on peut se livrer à ces opérations.

  • Pour une fois, je regagne directement mon logement, sans faire d’autres courses. Je passe par l’arrière de la longue rangée des quatre escaliers. Le mien est le dernier et cela est un petit raccourci. Paresse ! J’ouvre avec ma clef. Je fais deux pas. Soudain on me bloque la bouche pour que je ne puisse pas crier « A quoi jouent ces jeunes ? » me dis-je ! On me traîne vers le coin aux poubelles et on me plaque au sol, en me disant de ne pas crier. Je ne vais pas crier pour les obliger à m’assommer. Je pense vite dans ce genre d’urgence. Ils me fouillent fébrilement, sortent mon portefeuille et s’énervent un peu.
  • Je pense que d’autres locataires peuvent arriver et que feront alors mes agresseurs ? Que cherchent-ils donc ? Que vont-ils faire avant de partir, m’assommer ?
  • Non ! Ils m’aspergent la figure avec ce liquide utilisé contre les agresseurs et s’enfuient. Je suis abasourdi ; les lunettes ont protégé mes yeux. Ont-ils pris mes clefs ? le portefeuille est à terre, ouvert. Je réalise qu’ils cherchaient ma carte bleue qui était dans une petite poche en haut de ma veste. Il faut faire opposition vite. Je n’ai aucun document pour le faire. Je pars chez le gardien à l’autre bout de la résidence. Nous trouvons un numéro de téléphone de la BNP et faisons opposition.
  • Ouf ! j’ai encore mes clefs ! Je vais porter plainte à la police et suis agréablement accueilli. Les agresseurs ont pris les billets que je venais de retirer. Je découvrirai ensuite qu’ils ont eu le temps de retourner au distributeur et de retirer le montant qu’il est possible d’atteindre. La BNP me remboursera cette somme là !
  • Je ne les avais pas entendus me suivre et je pense que ce n’était pas les ados que j’avais vu. Donc c’était une équipe organisée et les ados avaient la tâche de repérer le code de la carte bleue. Pendant un moment, j’ai surveillé les gens qui me suivaient après des retraits d’argent !
  • Cela ne m’empêche pas de rester critique sur les stupidités sécuritaires. Par exemple, dans ma résidence, pour éviter les vols, en particulier dans le garage, on fait barrer le passage privé par une haute grille avec un instrument spécial pour ouvrir ou fermer et un bidule pour la porte piéton ; bidule qui est complété par un code que l’on peut taper et qui change souvent (commode pour nos amiEs !) je trouve qu’un voleur peut facilement entrer en même temps qu’une voiture et on ne lui demanderait pas ses papiers. Précaution stupide qui n’avait pas arrêté mes agresseurs !

* Sophie : On dit qu’un cambriolage est bien plus difficile à vivre qu’un vol, car les voleurs ont pénétré dans l’intimité de la victime ?

* Guy : Oui et j’ai vécu cela également dans la maison creusoise héritée de mes parents. Je me rappelle. Mes parents sont morts tous les deux, depuis octobre 1984. Une voisine a les clefs de la maison et la surveille. C’est une vieille dame, Paulette, que tout le pays adore pour sa gentillesse souriante, son intelligence. Un jour, donc, elle a du mal à ouvrir la porte à cause d’obstacles.

  • Elle trouve un énorme désordre et pense d’abord à l’œuvre d’un rat. Mais vite, voyant que la pendule a disparu, elle découvre qu’il d’agit d’un cambriolage. Apeurée et se demandant si les voleurs ne sont pas encore là, cachés, elle fuit et téléphone à un artisan qui a beaucoup travaillé dans la maison. Ensemble ils alertent les gendarmes et nous.
  • Je revois notre arrivée. Les tiroirs sont tous ouverts, les armoires béantes, des meubles ont disparu, comme le grand buffet de la cuisine et la pendule, des tableaux également. Des papiers jonchent le sol. La vaisselle est bien empilée sur la table de la cuisine et les couverts rassemblés dans un sac poubelle. Certains lustres, modernes, ont été arrachés. Tout a été fouillé de la cave au grenier. Je ressens une sorte d’agression physique ! C’est une sorte de tornade et nous ne savons pas où commencer un minimum de remise en ordre.
  • Les gendarmes accueillent notre plainte avec compréhension et viennent faire les constats. Les empreintes prises sur les assiettes où les cambrioleurs ont pris un petit repas, pour souffler un peu, ne donneront rien. Les gendarmes analysent le début de rouille sur une scie égoïne qui a servi à couper des branches de lilas gênantes pour rentrer leur camion dans le jardin. Les gendarmes concluent que le cambriolage est relativement récent.
  • Les cambrioleurs ont introduit un instrument, entre deux lames verticales d’un volet métallique situé face au jardin ; ils ont écarté ces deux plaques voisines, soulevé le crochet qui ferme le volet, cassé un carreau, ouvert la fenêtre et ouvert la porte du jardin depuis l’intérieur de la maison, pour pouvoir charger tranquillement leur camion. Ils ont même démonté la porte du couloir pour pouvoir passer le grand buffet de la cuisine.

* Sophie : Quels sentiments éprouves-tu par rapport à tes cambrioleurs ? Colère ? Haine ?Envie de les voir payer pour leur vol ?

* Guy : J’admire leur organisation, leur professionnalisme dans le choix des objets volés : les vieux cuivres, de vieux verres rustiques, de beaux tableaux, quelques assiettes décorées et les mécanicismes de trois vieilles pendules comtoises. Les gendarmes disent qu’ils ont dû satisfaire à une commande et que tout est peut-être déjà à l’étranger ! J’essaie de les imaginer à l’œuvre, de définir le rôle de chacun. Y avait-il un chef ? Un spécialiste des vieilles choses, des antiquités ? Un guetteur ? Combien étaient-ils ? Bien évidemment je souhaite leur arrestation ; mais je n’ai pas de haine. Un complice avait apparemment observé les habitudes du bourg quelques jours auparavant ?

  • Il faut, pour la police, faire la liste des meubles et objets disparus. Ce long travail fait oublier le choc émotionnel. Notre assureur promet de venir dès le lundi. Mais dès son arrivée il nous fait une pénible annonce. Nous ne serons pas du tout remboursés car le vol ne fait partie des protections garanties dans le contrat ! Bizarre ? Mais le contrat a été passé par mes parents qui habitaient alors la maison, étaient persuadés qu’un cambriolage ne pouvait avoir lieu en leur présence et, en bons paysans, voulaient faire des économies. L’assureur se sentait coupable de ne pas avoir revu le contrat après leur mort. Moi aussi j’aurais dû le faire !
  • Les gendarmes nous ont conseillé de faire des marques bien camouflées sur les meubles restants, de noter leur emplacement sur un cahier, ainsi que les nœuds du bois un peu incongrus. Nouveau devoir de « vacances » accompli. En effet les gendarmes nous ont raconté que, grâce à leurs enquêtes, ils avaient fini par retrouver une pendule comtoise. Mais parmi les trois personnes qui auraient pu la récupérer, aucune n’avait pu donner un détail permettant d’affirmer que la pendule était la leur et pas celle des deux autres !!
  • Cette maison n’est pas celle où je suis né, pas celle de mon enfance et de mon adolescence. Mais j’ai beaucoup travaillé à son aménagement. Elle vient de la branche maternelle ; c’est l’héritage d’un oncle de ma mère, Joseph. Il était prévu qu’elle abriterait la retraite de mes parents. Rober Hennebault avait prévu les aménagements nécessaires : une cloison pour séparer la cuisine de l’escalier qui monte au premier étage ; la coupure par une sorte d’arceau de l’immense pièce du rez de chaussée qui avait été prévue comme salle de bal ; et la pose, au premier étage, d’une cloison pour isoler deux chambres. Il me semble que ces cloisons étaient posées mais tout n’était pas fini ?
  • Un infarctus oblige mon père à arrêter son travail de marchand de vins en gros et je dois passer mes vacances d’été à organiser les travaux indispensables pour une bonne installation : électricité, peintures, création d’une salle de bains et d’un WC au rez de chaussée sous l’escalier. Heureusement deux personnes vont pouvoir assumer tous ces travaux, même s’ils sont plutôt peintres et/ou électriciens. Je viens chaque jour en Vespa et je décape le plafond de la cuisine où les fumées de la grande cheminée ont déposé un centimètre de suie. Problème pénible à cause de la position nécessaire et de sa durée ! Il faut également que je planifie les travaux des ouvriers, les achats, etc.

* Sophie : Tu dois avoir beaucoup de souvenirs liés à cette maison ?

* Guy : Oui, de tous ordres : travaux manuels, longs périples sur mon vélo de course, soirées culturelles organisées par un vieil ami à la fois paysan, chanteur, poète, animateur. Dès l’installation, j’ai collé, avec mon père, sur le sol de la cuisine et celui de la salle de bains des carreaux alternativement noirs et blancs que j’avais ramenés de Paris, bétonné un peu le sol de la cave trop humide ; puis le sol de la pièce attenante à la cuisine qui devint l’atelier de mon père.

  • Je suis certain d’avoir passé des semaines, pendant trois ou quatre années à faire des travaux pénibles physiquement dans la cour qui sépare la maison du jardin. J’avais d’abord élaboré un projet esthétique d’allée qui serpenterait entre la maison, la grille d’entrée sur la rue adjacente, le puits et les cages à lapins. Puis vint la réalisation : creusement du sol à environ 30 cm ; concassage de pierres pour faire un soubassement solide, étalement de gravillons ; préparation de béton en mélangeant ciment, sable et eau ; pose avec mon père et organisation de dessins J’ai bien aimé apprendre à faire le mélange sable et ciment. Mon père s’occupait de commander et faire livrer sable, gravillons, etc. Nous sommes allés chercher avec sa voiture des pierres dans un de nos champs. Cela me changeait des mathématiques !
  • J’ai beaucoup aimé couper du bois avec une vieille machine électrique, le bruit de la scie circulaire pénétrant dans le bois, peinant quand le morceau était gros ; la sciure qui tombe et fait un monticule, la séparation finale en deux morceaux, le plaisir du résultat final. Je faisais de belles rangées avec les bûches obtenues sous un hangar de la cour. Seules apparaissaient les sections circulaires et de couleur claire. Nous protégions ce tas de bois sous une immense toile noire en plastique, que nous soulevions l’été. Je faisais une petite réserve sous l’escalier montant à notre chambre.
  • A la mort de mon père, j’ai voulu le remplacer pour le jardinage. Mais bêcher le jardin m’a paru bien trop pénible. J’ai quand même réussi à semer deux sillons de haricots verts. Mais j’ai abandonné le jardinage dès l’année suivante et je paie maintenant une entreprise pour l’entretien du jardin, devenu une grande pelouse. Nous aimons manger à l’ombre d’un grand marronnier quand le temps le permet. Un second marronnier a du être abattu et nous avons fait planter quelques arbres fruitiers, un châtaigner et deux bouleaux, un érable. Nous ramassons, en général, pas mal de groseilles et de cassis, début juillet, pour faire des confitures.
  • Des amiEs viennent souvent passer quelques jours dans cette grande maison Nous visitons avec elles et eux les environs.
divers
Quarante septième texte : Militantisme Vert

* Sophie : La fois dernière, tu as eu à peine le temps de dire quelques mots sur la période où tu as été secrétaire du groupe local des Verts 20 !



* Guy : Je suis très fier des « Vendredis de la Teinturerie » créés par Françoise Galland en janvier 2002 sous le nom de « Salons de la Teinturerie », en référence à Félix Guattari. Depuis, je suis beaucoup leur organisateur J’ai retrouvé le rapport d’activité fait à la fin de mes 17 mois de secrétariat du groupe local. Je vais te détailler le texte écrit sur mon bilan de secrétaire (mai 2001 à octobre 2002). Cela permettra de découvrir l’intensité militante de l’époque. Nous avons eu à gérer beaucoup de problèmes politiques dans une période délicate, chargée : attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, présidentielle de 2002 avec un second tour Chirac - Le Pen, législatives dans deux circonscriptions, multiples AG (les congrès pour les Verts) en interne, sans compter l’installation de nos éluEs dans leurs nouvelles fonctions municipales où ils et elles venaient d’être éluEs.

  • Je t’ai déjà parlé des années Jospin et donné les résultats catastrophiques de l’élection présidentielle de 2002. Mais les Verts avaient eu leur part de soucis. Alain Lipietz désigné comme candidat avait fait une déclaration malheureuse sur la Corse et avait dû abandonner. C’est Noël Mamère qui avait pris le relais et il réussira à dépasser les 5 %. Bonne conclusion !

* Participation à des manifestations nationales, parisiennes ou locales, souvent unitaires :

  • Contre les licenciements (Danone), contre l’OMC (« le monde n’est pas une marchandise »), pour la paix au Proche Orient, pour soutenir les sans papiers, les femmes afghanes, etc. sans oublier la participation au défilé du 1ermai 2002 et à l’écolo parade (ainsi qu’à sa préparation).
  • Localement : participation importante à 2 manifestations organisées par Ensemble dans le 20e : contre la guerre en Afghanistan et les droits des femmes puis contre la menace Le Pen, animation d’actions contre les antennes-relais et présence active dans les actions et repas de quartier de plus en plus nombreux. Participation à des débats organisés par Ensemble dans le 20e comme celui sur les centres de rétention et la double peine et celui sur le sommet du Forum Social Européen de Gènes, etc.

* Actions spécifiques des Verts 20e - action « antipub » rue de Bagnolet - action « Mac Do de la Place Gambetta » (campagne de la 21e circonscription) - promenade citoyenne dans Belleville (campagne de la 6e circonscription)

* Débats de bar, « cafés politiques »

- « La publicité, pollution inconsciente »

- « le bio dans les cantines », à la Flèche d’Or

- « les jeunes, de la mauvaise herbe ? » au Lou Pascalou

- « Comment réinventer la démocratie ? » au café Le Soleil

- « Instruire sans exclure » aux Métallos, ajouté à un autre débat sur l’école avec Noël Mamère à l’école Vitruve, pendant la présidentielle

* Réunions internes thématiques : - Agenda 21, développement durable - Le sport professionnel et les jeux Olympiques - La situation internationale après les attentats du 11 septembre - « Comprendre l’Algérie » - Conseils de quartier, bilans et perspectives - Nucléaire et énergies renouvelables - Questions sur la santé et les médecins - Israël-Palestine - Les handicaps - La Haute Qualité Environnementale - Le revenu social garanti et le refus du travail

* Communication vers l’arrondissement :

  • Les 8 marchés du 20e, y compris ceux qui ne se tiennent qu’en semaine, ont été couverts assez systématiquement et les équipes de diffusion se sont consolidées pendant les campagnes électorales. Les sorties des métros ont été plus difficilement assurées. Nous avons redécouvert l’intérêt des diffusions devant les supermarchés.
  • La « Lettre des Verts 20e et des éluEs vertEs » est parue 3 fois
  • Plusieurs tracts des Verts 20e ont été diffusés : - « Vache folle, le retour ? » - bœuf dans les cantines ? - « A Bruxelles, pour une autre Europe fédérale sociale, écologique et solidaire » - « Non à la démagogie sécuritaire », au moment de la Loi sur la Sécurité Quotidienne, LSQ. Les tracts des campagnes électorales, en particulier ceux annonçant les débats de bar thématiques et les 2 grands 4 pages, documents centraux des 6e et 21e circonscriptions
  • Il faut ajouter la diffusion d’un tract national sur l’Afghanistan (« Justice et paix avant tout »), de tous les documents de la * campagne présidentielle de Noél Mamère, des 2 numéros du « Paris des Verts » journal des Verts parisiens

* Accueil-formation

  • L’accueil de 2 ou 3 dizaines de personnes ayant pris contact d’une façon ou d’une autre a nécessité un travail multiforme : conversations ou messages téléphoniques, courriers de « bienvenue », réunions personnalisées ou globalisées rue de la Chine,

* Sophie. Je pense que tu as fort envie de me parler des « Vendredis de la Teinturerie

* Guy : Les Vendredis de la Teinturerie ont fêté leur quinzième anniversaire le 27 janvier 2017 avec 540 réunions, au compteur ! Pourquoi ont-ils résisté à l’usure ? . Les explications semblent être :

1 – la continuité, la régularité : toujours 24 rue de la Chine, toujours le vendredi, toujours entre 19 h 30 et 21 h 30, sauf pendant les vacances scolaires et pour de très rares exceptions liées à l'actualité. Sur les 52 semaines d’une année, 36 en moyenne sont utilisées. La présence à la Teinturerie dès 19 heures facilite le contact avec, notamment, des participants nouveaux. !

2 – la diversité des thèmes abordés, et/ou celle des animateurs ou animatrices, qui ont une dimension "écologiste " mais ne sont pas nécessairement adhérent/es EELV. Et aussi la variété des participant/es présent/es, parfois liée à une passion particulière. A noter l’importance des universitaires, des associtifs et des élu/es depuis la commune jusqu’au parlement européen.

3 – la politique, au sens positif du terme car elle est en fait présente le vendredi, sans aucun « endoctrinement ». La parole libre laisse la place aux propositions liées aux expériences. Aucune décision n’est prise là; les désaccords qui peuvent s’exprimer n’ont pas à être tranchés par des votes ( dans ces cas, la passion peut pousser 3 ou 4 personnes à parler en même temps ce qui complique la tâche du modérateur ou de l’intervenant/e !).

4 – la convivialité et le respect mutuel, avec l’apport de choses à grignoter ou à boire, dont parfois un gâteau, fabriqué maison. Parfois l’attention, la concentration fait oublier l’appétit !

5 - les rites : les vœux de Nouvel an en début d'année, les bilans des journées d'été écologistes en début septembre, les élections diverses, les anniversaires comme pour le 400e vendredi !

6 – le fait d’avoir un local bien placé, ce qui nous avantage par rapport à d’autres groupes locaux

* Bilan des présences : sur 536 réunions 7805 participant/es, et une moyenne de 15 par réunion (pour être rigoureux 14,6). Viennent des fidèles, membres ou non d’EELV, habitant ou non notre arrondissement (voire même Montreuil ou Fresnes), des personnes venant prendre leur premier contact, de simples sympathisant/es (dont le nombre a varié entre 0 et 20 selon les séances). A ce jour, sans les 13 semaines du début pour lesquelles je n'avais pas noté les présences : 17 fois les présences ont atteint ou dépassé les 30 (surtout depuis 2008), 70 fois le total a oscillé entre 20 inclus et 30, 354 fois il a oscillé entre 10 et 20, 82 fois il a été inférieur à 10 ( j’ai découvert que, 9 fois, le sujet avait été alors annoncé « débat libre », c’est à dire que les présent/es aiment mieux savoir de quoi il va être question, qui a préparé et choisissent les thèmes qui les intéressent !

* Sophie : Ce travail a dû te donner une influence sur le groupe et peut-être un peu au-delà ? Es-tu un peu considéré comme un « vieux sage » ?

* Guy : Oui, certes ! J’ai été longtemps responsable de l’accueil et j’ai pour les vendredis une liste de 1220 mels qui reçoivent chaque lundi le thème prévu pour le vendredi suivant. Je rajoute régulièrement des mels et les désinscriptions, rares qui viennent presque exclusivement de déménagements. Mais le plus gros travail est parfois de trouver l’animateur ou animatrice pour le vendredi à venir. Parmi les possibles il faut trouver la personne disponible ce vendredi là ! Parfois il me faut passer de 10 à 12 coups de téléphone !

  • Depuis plusieurs années les réunions se passent très bien, intéressantes et vivantes. Dommage quand la participation tombe au-dessous de 10. Naguère, nous avons eu un ou deux perturbateurs qui ne cessaient de couper les intervenants pour poser des questions provocatrices ou sans intérêt.
  • J’ai beaucoup aimé m’occuper de l’accueil. Je crois savoir écouter, comprendre les demandes. J’envoie maintenant un mel de bienvenue, avec, en pièce jointe trois textes : une présentation des vendredis, un texte sur l’originalité des écologistes et une liste de nos éluEs de l’arrondissement. Les réunions de plusieurs arrivantEs en même temps ne fonctionnent plus aussi bien. Cela pourrait être dü à l’évolution des modes de relations liés au développement des courriels
  • Pour revenir à l’histoire de la Teinturerie de la rue de la Chine, ce sont 8 personnes, membres du PSU, sauf l’un d’entre eux, qui ont acheté cette ancienne teinturerie qui allait fermer. Dès le départ, les propriétaires ont voulu impérativement que ce local du PSU 20 – puis de l’AREV – puis des Verts devenus ensuite EELV soit partagé avec des associations ou des collectifs de quartier. * * Les propriétaires ne demandent aucun loyer.
  • Ils ont confié la gestion à une association, baptisée « L’ Eglantine » sur proposition de Paul Oriol. Celle-ci assume tous les frais : fiscalité, assurance, chauffage, électricité, téléphone, travaux d’entretien et charges liées à la copropriété, etc. Chaque groupe utilisateur participe à la couverture de ces frais ; Il est actuellement occupé, outre EELV, par RAP (Résistance à l’Agression Publicitaire) et la revue Ecorev’.
  • Parmi les nombreux utilisateurs passés, je te citerai : l’Association Transports vingtième lors de la mandature de 1995, Terminal, revue sur l’informatique, Tribune Anarchiste Communiste, la revue Brasil (sur le Brésil, tirée sur notre off-set), la campagne Anti-Outspan de boycott des oranges d’Afrique du Sud, pendant l’Apartheid, Artisans du monde, un groupe femmes du quartier, l’association France Pologne Solidarité en soutien à Solidarnosc dont un animateur était bloqué en France par le coup d’état de Jaruzelski, qui travailla sur la mezzanine, Ras le Front 20e, le Mrap, Attac, la Lettre de la Citoyenneté, une association de Foyers de migrants du 20e, un groupe local d’Amnesty International, les occitans de Paris, les anciens de Chiche (organisation des jeunes des Verts, de l’AREV et de la Cap), l’association des Juifs de Gauche, un syndicat d’étudiants PSA (Pour un Syndicalisme Autogestionnaire).
  • La Teinturerie aura été un peu ma seconde maison à Paris. J’ai été l’un des huit qui ont donné de l’argent pour l’achat, concerné par l’aménagement et la construction des mezzanines pour agrandir la surface utilisable, par la peinture et la pose de plaques sur les plafonds, par l’achat de notre petite off-set et des produits nécessaires à son fonctionnement dont le papier, par la construction d’étagères dans la seconde pièce. J’y ai passé plus de 500 vendredis soirs et un nombre comparable de réunions des bureaux PSU, AREV, Verts, EELV, avec pas mal de réunions plénières, de séances de tirage d’affiches en sérigraphie, ou d’impression de notre journal, de préparation de colle pour des affichages, etc..
divers
Quarante cinquième texte : L’habit vert

* Sophie : Comment a évolué ton opinion sur les Verts ?

* Guy : En 1993 ou 1994, l’AREV 20 organise avec les Verts 20 un débat public sur l’ensemble des problèmes fondamentaux, et j’apprécie la qualité de leurs interventions. C’est en 1993 seulement que les Verts ont abandonné le ni-ni de Antoine Waechter (ni droite, ni gauche), donc nous avons des inquiétudes sur leur positionnement dans l’éventail politique ! Et arrive la campagne présidentielle de 1995 où Dominique Voynet est soutenue par l’AREV et la CAP avec ses Rénovateurs communistes. Nous faisons campagne ensemble et je découvre les militants Verts, dont un personnage étonnant.

  • Joël est un écologiste passionné qui s’efforce de vivre à la hauteur de ses convictions. Pour protéger les forêts et économiser le papier, il envoie comme secrétaire des convocations tassées sur un ruban de papier de un cm de large. Pour économiser le temps ? il parle très vite et multiplie les parenthèses de parenthèses ; il colle les affiches en courant ! Fascinant ! Mais deux personnages vont dominer pour les Verts cette époque dans l’arrondissement puis le groupe Vert de Paris et ils sont maintenant connus à l’échelle nationale. Ils deviendront des amis.
  • Martine Billard est entrée en politique dans la LCR qu’elle a quittée pour l’Organisation Communiste Révolution, OCI, puis l’OCT. Elle a alors été « établie » en usine, pour y porter la parole révolutionnaire ; elle est partie en Amérique du Sud lutter avec les révolutionnaires. De retour en France, elle adhère aux Verts 20 ? Elle sera tête de liste pour les municipales de 1995 et devient Conseillère de Paris, puis députée, pour deux mandatures, dans la circonscription des 4 arrondissements du centre de Paris, où le PS soutient les Verts. Enfin, elle rejoint le Parti de Gauche de Mélenchon où elle sera un temps coprésidente ! On peut penser qu’elle a joué un rôle dans la conversion à l’écologie de Mélenchon. Elle est secrétaire nationale à l’écologie dans le Parti de Gauche.
  • Elle est venue passer quelques jours dans ma maison creusoise ; j’ai assisté à son mariage avec l’ami Jean-Pierre Lemaire que j’ai connu au PSU, puis à l’AREV. C’est d’ailleurs lui qui était le leader du groupe qui a quitté l’AREV pour les Verts.
  • Denis Baupin a été reçu à l’école Centrale de Paris, donc il est ingénieur. Il est objecteur de conscience au moment du service militaire, puis directeur de Terre des hommes, expert pour le groupe Vert du parlement européen. Ensuite il devient collaborateur de Dominique Voynet à divers postes. Il est, comme je te l’ai raconté élu du vingtième arrondissement en 1995, puis conseiller de Paris en 2001 et adjoint de Delanoé, en charge des transports.
  • On peut dire qu’il est vraiment le père du premier tramway T3 sur le boulevard des Maréchaux, du Vélib, de Paris plage, des noctiliens, des mobiliens qui ont visé à rendre plus rapides les trajets des bus de Paris, père également de la Traverse de Charonne, premier petit bus de quartier. Comme il ne cache pas sa volonté de réduire la place de la voiture dans Paris pour réduire la pollution, on l’appelle le « khmer vert » et dans le 20e nous aurons à assumer les hostilités violentes des probagnoles, en particulier pour le bus 96.

* Sophie : Dis-donc ; tu es en train de faire un éloge dithyrambique de Baupin ! Que penses-tu des accusations de violences contre plusieurs femmes ?

* Guy : Je n’ai rien vu de ces violences, je n’ai même pas soupçonné les harcèlements. Certes j’ai été étonné par ses fréquents changements de partenaires féminines. J’en ai connu trois ; mais il est resté assez longtemps avec chacune d’entre elles, plusieurs mois et elles ont plutôt été affectées par la rupture. L’une d’elles l’a même expulsé en coupant ses cravates, quand elle a découvert son côté volage.

  • Je ne saurais excuser Denis pour son comportement vis à vis des femmes, dans l’absolu et, plus grave, comme détenteur d'un "pouvoir ! Mais je ne peux oublier tout ce qu’il a apporté aux Verts et même au pays, y compris comme député dans la lutte contre le nucléaire et pour une réelle transition écologique .
  • D’ailleurs 2001 a marqué une injustice à son égard. Il a été tête de liste pour les Verts Paris, face à Delanoé. Ce dernier a réussi à se présenter comme le père du tramway, des Vélibs, etc. et à faire paraître Baupin comme le responsable des embouteillages ! Certes Delanoé avait soutenu Denis, y compris parfois contre ses amis socialistes ; mais il savait très bien quelle importance avait eu Denis !
  • Il faut peut-être que je mentionne les livres qu’il a écrits «Tout voiture, no future », « La planète brûle, où sont les politiques ? », « La révolution énergétique, une chance pour sortir de la crise ». Mentionnons encore sa création de « Agir pour l’environnement », mais aussi, sur le plan politique mon désaccord avec lui sur la participation au gouvernement de Valls.
  • Sa carrière politique est finie. Quel gâchis ! Souhaitons, quelle que soit l'issue juridique, que l'action courageuse des femmes écologistes concernées contribue à dénoncer, haut et fort, au delà de Denis, l'attitude de nombreux hommes, politiques ou autres, vis à vis des femmes
  • Ces deux amis ont quitté EELV, mais restent écolos !


* Sophie : Quelle place prenez-vous dans le groupe local des Verts, toi et tes camarades de l’AREV

* Guy : Très vite, une grande place ! D’abord, ils et elles sont moins nombreux que nous le pensions et la comparaison numérique ne nous est pas vraiment défavorable. De plus, après l’adhésion, nous nous sentirons tout à fait à l’aise dans la sensibilité de Martine Billard. Ce groupe-là sera très longtemps la plus forte minorité. Notre camarade Serge Rivret deviendra vite secrétaire du groupe, pour deux mandats, donc plus de deux ans ; je lui succéderai pour 18 mois et serai remplacé par un ami de notre sensibilité.

  • Les divergences avec la tendance de Denis Baupin seront nettes ; mais entre les deux sensibilités il y aura un vrai respect, voire de l’amitié. Les tensions ne seront fortes que lors des votes locaux, donc normales et pas destructrices !
  • Les rapports avec Martine, Denis et aussi les militants verts étaient, avant 1998 bons, conviviaux. Serge, collaborateur de Martine à l’Hôtel de Ville poussait à l’abandon de l’AREV pour les Verts. Mais d’autres voulaient rester fidèles à l’AREV et Lara Winter était fermement contre. Je temporisais pour qu’il y ait une décision quasiment unanime.
  • L’occasion se présente en janvier 1998. En effet trois groupes politiques vont rejoindre simultanément les Verts. Ce sont : la totalité de CES (convergence écologie solidarité) de Noël Mamère, une minorité de l’AREV et une partie de la CAP. Tout notre groupe AREV 20 rejoint les Verts sauf Lara. Je serai même membre du CNIR (le parlement national des Verts, pour une mandature), car nous avons amené plus de 10 personnes ! Je m’y ennuierai !
  • L’intégration se fera sans difficulté et les Verts prendront la place de l’AREV dans l’utilisation du local la Teinturerie, rue de la Chine. J’écrirai dans le dernier numéro des Pavés de la Commune un édito intitulé « Continuité » !

* Sophie : Tu m’as surtout parlé du début de la mandature. Comment tout s’installe dans la durée ?

* Guy : Les conseils d’arrondissement ont souvent été peu passionnants. Y défilent à grande vitesse une quantité de votes sur des délibérations très techniques que nous n’avons eu que la veille et qui, souvent ne font pas débat. Les vrais débats politiques ont été fort rares et je ne suis vraiment intervenu qu’une fois, à propos de la guerre d’Algérie. Je raconte alors que le gouvernement ne voulait pas parler de guerre, disait « Evènements d’Algérie ». Je parle des tortures et de la rupture à ce sujet du général Paris de la Bollardière (elle lui vaudra soixante jours d’arrêt de forteresse). Je déclenche la colère de l’ancien maire Bariani qui a dû être « Algérie française » et je suis soutenu par un gaulliste, plus que par mes camarades socialistes.

  • Comme militant, j’étais critique sur les diverses décorations. Mais je découvre à quel point la réception de la médaille du travail, au moment de la retraite, est importante pour les gens de condition modeste. Car c’est le moment où la société reconnaît qu’ils ou elles ont joué un rôle social, que leur vie a été utile ! Leur émotion était extraordinaire, contagieuse, pour l’élu qui remettait la médaille !
  • Il me vient à l’esprit une autre activité de l’époque que j’ai assumée en tant qu’élu. Nommé par le maire, j’allais chaque lundi matin siéger dans une commission du CASVP (centre d’action sociale de la ville de paris) de la rue du Surmelin. Il s’agissait de ne pas laisser seules les personnes nommées par la droite, pour attribuer des aides aux plus défavorisé, en grande détresse.
  • Une assistante sociale présentait les dossiers. J’étais avec 5 ou 6 hommes de droite. L’un d’entre eux poussait vraiment à la générosité pour les démunis, par convictions ou par paternalisme ? Les autres le taquinaient en disant qu’il voulait copier Monseigneur Gaillot, connu pour son activisme dans le DAL (droit au logement). Ils auraient pu le comparer à l’abbé Pierre ; mais un évêque, c’est mieux ! Nos aides ne pouvaient qu’être modestes, et les tris étaient dramatiques pour moi ! .
  • Puisque je parle du DAL, il est né dans notre arrondissement. Nous avons soutenu, en 1990, la lutte de 48 familles avec enfants, expulsées de leur squat, qui ont campé quatre mois, place de la Réunion. Nous avons alors noué des liens amicaux avec « Babar », alias Jean-Baptiste Eyraud. Celui-ci rompt avec le Comité des mal-logés et crée le DAL qui occupera un immeuble au quartier latin et sera soutenu par nombre de personnalités dont Galliot et l’Abbé Pierre. Il est maintenant bien connu.
  • Il faut que je te parle d’une réussite de notre Conseil de quartier Plaine. Le maire Charzat décide qu’il veut faire du Cours de Vincennes les Champs Elysées de l’est parisien. Donc notre conseil multiplie les réunions de sa commission cadre de vie. Mon camarade gaulliste mobilise sa fille et une amie de celle-ci, urbanistes et architectes.
  • L’arrivée de la rue des Pyrénées sur le Cours est beaucoup trop large et dangereuse pour les piétons. Le Cours est beaucoup trop asphyxié par les voitures en stationnement. L’esplanade côté 20e devrait être végétalisée. Enfin nous souhaitons que le bus 26 ne termine pas son trajet à côté du lycée Hélène Boucher mais aille jusqu’à la place de la Nation. Le couloir de bus nécessaire réduira un peu la circulation sur le Cours. Les deux jeunes femmes nous produisent un long fascicule visualisant nos ambitieux projets, en couleurs, un petit cahier bien lisible.
  • Michel Charzat obtient une réunion à l’Hôtel de Ville sur son projet. Il n’a pas de propositions détaillées et nous sommes invités. Notre projet visualisé par le fascicule impressionne les techniciens. Je ne sais pas si les décisions sont prises par cette équipe de droite ou par Delanoé quand il devient maire de Paris. Mais l’état actuel satisfait à l’essentiel e nos demandes. L’arrivée de la rue des Pyrénées est devenue raisonnable grâce à la création d’une placette ; le bus 26 va enfin jusqu’à la place de la Nation ; le stationnement a été réduit, sans que les commerçants montent au créneau ; l’esplanade est un peu plus végétalisée.
  • Je t’ai parlé de notre présence dans les associations de luttes. Il faudrait ajouter que je suis allé assez souvent assister aux réunions du comité 19-20 de AC ! (Agir contre le chômage) que je trouvais trop théoriques et pas assez dans les actions concrètes. J’y retrouvais de vieux amis du PSU, et aussi Paul et Micheline de TAC (tribune anarchiste communiste) que j’ai beaucoup côtoyé rue de la Chine où ils avaient eux aussi leur off-set !